L'ivre de lecture

Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Alain

lundi 6 octobre 2008

La santé contre le salut

Aujourd'hui, le médecin qui soulage, remplace le prêtre qui sauve: la santé a remplacé le salut comme objectif humain prioritaire. Ce n'est plus la religion mais la médecine qui fait craindre et espérer. L'augmentation de l'espérance de vie comme représentation sociale normative a remplacé l'expérience de l'au-delà. Les contraintes médicales se sont substituées aux contraintes religieuses. La messe est devenue socialement facultative, vaccinations et certificats médicaux ont été rendus obligatoires.

En effet, l'âme en tant que questionnement métaphysique a été remplacé par la préoccupation de notre fonctionnement physiologique.

Posté par Benjamin Wolff à 00:50 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


vendredi 3 octobre 2008

Emile Durkheim, 150 ans: la division du travail (3/5)

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaSuite et troisième partie de notre trajectoire sociologique autour du fondateur de la sociologie moderne, Emile Durkheim, à l’occasion des 150 ans de sa naissance. Cette fois-ci, c’est de sa thèse dont il va être question, De la division du travail social, qu’il a soutenu le 3 mars 1893 à Bordeaux.

Lire la suite

La question qui est à l’origine de la thèse de Durkheim est la suivante : la différentiation sociale croissante que connaissent les sociétés modernes est-elle un facteur de cohésion sociale ou conduit-elle au contraire à la dissolution du lien social ?

Trois questions différentes sont traitées : la fonction de la division du travail social (DTS), les causes de cette division et les solutions aux formes anormales de cette division.

La fonction de la DTS

Durkheim établit une hypothèse de départ : la solidarité peut aussi bien naître des similitudes entre les hommes que de leurs différences. Pour tester cette hypothèse, il faut observer la solidarité, ou plutôt la morale car « est moral tout ce qui est source de solidarité . » Or c’est le droit qui exprime une grande part de la morale. Et l’indicateur mesurable des différentes formes de droits est la sanction organisée par la société.

On distingue deux types de sanctions qui correspondent à deux types de droits, caractérisant deux types de solidarités, correspondant elles-même à deux types de sociétés.

1/ D’une part, les sanctions répréssives, c’est-à-dire celles qui punissent les fautes et les crimes, sont issues du droit pénal. Ce type de sanction correspond à un type de lien social bien défini : la solidarité mécanique, propre aux sociétés traditionnelles, qui repose sur les similitudes entre les individus.

2/ D’autre part, les sanctions restitutives, c’est-à-dire celles qui visent à remettre les choses en l’état, sont issues du droit coopératif (droit civil, commercial, administratif,…). Ce type de sanction correspond lui aussi à un deuxième type de lien social bien défini : la solidarité organique, propre aux sociétés modernes, qui repose sur les différences entre les individus.

Ainsi, Durkheim s’efforce de montrer que le droit coopératif progresse au détriment du droit pénal : la solidarité organique se substitue, au cours du temps, à la solidarité mécanique.

L’auteur détermine ensuite la fonction de la DTS. Alors que le fondement de la solidarité des sociétés traditionnelles est la conscience collective, celui des sociétés modernes est la DTS. En effet, l’affaiblissement de la conscience collective est la condition du développement de la DTS. Ainsi, « la fonction de la DTS est de créer entre deux ou plusieurs personnes un sentiment de solidarité. » En effet, la DST ne divise pas les hommes, mais renforce leur complémentarité en les obligeant à coopérer. Chacun acquiert donc le sentiment d’être utile à l’ensemble.

Durheim ajoute que la solidarité organique assure à l’individu une plus grande marge de manœuvre : celle-ci a permis le processus de développement de la personnalité individuelle. Il en résulte que l’individu n’est pas historiquement premier. La prise de conscience de l’individualité découle du développement historique lui-même.

Les causes de la DTS

La division du travail sociale s’explique par la combinaison de trois phénomènes : 1/ par l’accroissement du volume de la société, c’est-à-dire l’augmentation du nombre d’individus lui appartenant 2/ par l’accroissement de la densité matérielle de la société, c’est-à-dire l’augmentation du nombre d’individus sur une surface donnée du sol 3/ par l’accroissement de la densité morale de la société, c’est-à-dire l’augmentation de la communication et des échanges entre les individus.

L’accroissement de la densité accentue la concurrence entre les hommes et rend plus intense la lutte pour la vie. Au lieu de coloniser, d’émigrer ou d’éliminer les plus faibles ; la différentiation sociale s’avère être la solution pacifique de la lutte pour la vie. Au lieu que les uns soient éliminés pour que les autres survivent, comm cela se produit dans le règne animal, la DTS permet à un plus grand nombre d’individus de survivre en se différenciant. Chacun cesse d’être en compétition avec tous et devient en mesure de tenir son rôle et de remplir sa fonction.

Les solutions aux formes anormales de la DTS

Nous avons vu que la différentiation sociale est la condition de l’affaiblissement de la conscience collective, c’est-à-dire la création de la liberté individuelle. Mais le problème de nos sociétés est de maintenir le minimum de conscience collective faute de laquelle la solidaré organique entraînerait la désintégration sociale.

llDans le cas de la solidarité mécanique, l’individu est directement lié à la société sans aucun intermédiaire. Dans le cas de la solidarité organique, l’individu dépend avant tout des parties qui composent la société, des groupes particuliers auxquels il appartient. D’où un double problème d’intégration : intégration de chaque individu à l’intérieur des différents groupes et articulation de l’ensemble de ces groupes au sein de la société global.

Aux yeux de Durkheim, les corporations ou les groupes professionnels sont d’une grande importance : ils permettent d’entretenir les deux sources de la morale selon lui à savoir l’attachement au groupe et l’esprit de discipline. Ces groupes intermédiaires doivent imposer une autorité morale et exercer une fonction éducative. Par conséquent, le développement de la morale professionnelle, capable d’atténuer les formes anormales de la DTS, dépend de la qualité d’organisation et de la consistance de ces groupes professionnels.

Trois années après la publication de cet ouvrage, l’homme politique Léon Bourgeois va largement s’inspirer des travaux de Durkheim pour développer sa doctrine du solidarisme, doctrine qui est la base de l’Etat social français tel qu’il s’est développé tout au long du 20ème siècle. Ce président du conseil va traduire politiquement les thèses de Durkheim : l’idée notamment que la régulation économique et sociale ne doit pas être exclusivement Etatique mais que celle-ci doit puiser sa source chez les individus eux-même.

Posté par Benjamin Wolff à 10:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1