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Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Alain

dimanche 28 septembre 2008

Le point sur Sarkozy et la laïcité

41NKN3M1ADL__SS500_ddTrois courants dominants agitent le débat sur la laïcité: 1/ ceux qui font de la surenchère à la laïcité abstraite, 2/ ceux qui poussent à assouplir la donne laïque, quitte à écorner les règles du jeu, 3/ et ceux qui, tout en s'inquiétant des atteintes possibles à la laïcité dans les propos sarkozyens, souhaitent une meilleure application concrète de la laïcté, à la hauteur de la société française du début du 21ème siècle. Mais la laïcité, c'est quoi ?

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Jean Baubérot distingue deux seuils de laïcisation. Le premier seuil démarre en 1789; avec la rupture décisive de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen: l’exercie de tous les droits civils est désormais assurés en dehors de toute condition religieuse; et se termine en 1806. Trois caractéristiques définissent cette période:

-Une fragmentation institutionnelle: la religion n’est plus socialement porteuse d’un sens qui concerne tous les aspects de la vie. Des institutions autonomes se structurent: médecine et école.

-Une reconnaissance de légitimité sociale de la religion. La religion reste une institution de socialisation et assure un service public reconnu, protégé et surveillé par l’Etat. Elle est la source de la morale qui permet le vivre ensemble.
-Le pluralisme des cultes reconnus. Le catholicisme n’est plus religion d’Etat mais celle « de la grande majorité des français » (1802). Trois religions sont alors reconnus: catholicisme, protestantisme, judaïsme.

Le deuxième seuil de laïcisation va des années 1880, avec l’instauration de l’école laïque en 1882, aux lois de séparations des Eglises et de l’Etat (loi du 9 décembre 1905 et 2 janvier 1907). Trois caractéristiques définissent cette période:

-Une dissociation institutionnelle: la religion peut fonctionner, en interne, comme institution, mais dans la sphère publique, elle doit prendre une forme analogue à l’association. Dans ce cadre, elle peut faire des propositions de sens dans l’espace public.

-Une absence de légitimité sociale institutionnelle: devenue « affaire privée », les « besoins religieux » n’ont plus d’objectivité socialement reconnue. La question du rôle de socialisation morale par la religion ne présente pas de pertinence sociale. D’autres institutions (écoles, médecines) tendent à la remplacer comme une instance de socialisation.

-La liberté de conscience et de culte fait partie des libertés publiques sans distinction entre des cultes « reconnus » et d’autres qui ne le seraient pas. Les différents cultes voient leur exercice publiquement garanti. Chaque citoyen possède un libre choix et un libre refus en matière de religion.

Pour écarter toute définition simpliste de la laïcité, celle-ci peut-être comparée à un triangle:

-le premier coté est celui de la non domination de la religion sur l’Etat, les institutions, la nation, l’individu (coté mis en avant par les athées) >

-le deuxième coté est celui de la liberté de conscience, de culte, de religion, des convictions non religieuse (coté mis en avant par les croyants majoritaires).

-le troisième coté est celui de l’égalité en droit des différentes religions et des différentes convictions non religieuses (coté mis en avant par les croyants minoritaires).

Il faut garder à l’esprt que la laïcité n’est pas la réduction de la religion à la sphère privée: la présence du religieux dans la sphère publique peut être associative et non institutionnelle. En outre, la sécularisation désigne la perte d’influence des religions sur le reste de la société: on peut ainsi affirmer que la laïcisation est la dimension institutionelle de la sécularisation. Par exemple, la loi du 10 mars 1883 crée la notion « d’exercice illégal de la médecine », car à ce moment-là, des religieux soignent en utilisant des médicaments dont les médecins veulent interdire l’usage. De plus le corps médical change la perception culturelle de la maladie et de la mort: considérée comme la fin de la vie plutôt que comme le passage dans l’au-delà.

Voyons maintenant dans quelle mesure Nicolas Sarkozy, notamment lors de ses visite au Vatican (discours du Latran - 20 décembre 2007) et en Arabie Saoudite (discours de Ryad - 14 janvier 2008), bouscule le cadre socio-historique que nous avons défini.

Plusieurs problèmes sont soulevés:

1/ La laïcité positive. Notre président prône « l’avènement d’une laïcité positive », comme si jusqu’à lui elle avait été négative. En 1904, parler de laïcité positive pouvait avoir un sens, mais plus aujourd’hui. Sarkozy fait sans doute allusion à un courant minoritaire anti-religieux en France qui instrumentalise la laïcité pour combattre toute expression religieuse visible. Mais cette instrumentalisation relève plus du laïcisme (caricature de la laïcité) que de la laïcité: la laïcité n’a pas besoin de se dire positive pour respecter les religions, c’est son essence même. 

2/ La morale religieuse. Pour Nicolas Sarkozy, la morale religieuse constitue le modèle à suivre de la morale laique: « Une homme qui croît, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’homme et de femme qui espèrent. » ou « Dans la transmission des valeurs (…) , l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé (…).»  Ici, l’espérance religieuse et la morale laïque sont mis en modèle.

Mais la morale laique est une morale horizontal différente et compatible avec diverses options verticales en matière philosophique et religieuse. Une morale laique doit justement permettre à des individus qui pensent différemment à propos du sens ultime de la vie (et de bien d’autres choses) de se rassembler dans une comunauté de citoyen.

Au Latran, Sarko est dans la dépréciation de la morale laique et dans l’exaltation de la morale religieuse.

3/ Une histoire confessionnelle. Les références des discours de Nicolas Sarkozy parfois ceux de l’Eglise catholique: Saint-Jean de Latran est décrite comme « la tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde ». Erreur: près d’un milliard de chrétiens ne reconnaissent pas Saint-Jean de Latran comme leur cathédrale. Autre exemple: « en faisant de Clovis le premier souverai Chrétien ». Erreur: plus d’un siècle avant Clovis, il existait déjà des empereurs aussi chrétiens que Clovis (à Byzance-Constantinople). Autre exemple: « La religion catholique qui est notre religion majoritaire. » Erreur: Sondage 2007, 51% des français se déclarent catholiques mais seul la moitié de ces catholiques déclarent croire en Dieu. Et seul 8% vont régulièrement à la messe. Certes, la culture catholique est majoritaire mais la religion catholique est devenue minoritaire.

4/ Les racines chrétiennes. Au Latran, Nicolas Sarkozy avait parlé de « valoriser » les racines « essentiellement » chrétiennes. A strictement parler, les racines de l’Europe ne sont pas chrétiennes mais grecques, juives, romaines, égyptiennes, perses…Le christianisme est devenu lamatrice de l’Europe car il a lui-même absorbé l’héritage du monde antique. Il est plus juste de parler de rôle déterminant du christianisme dans la construction de l’identité européenne. De plus, il ne faut pas négliger les racines de la France moderne: la révolution française.

Posté par Benjamin Wolff à 11:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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