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Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Alain

vendredi 1 août 2008

Petite sociologie de l'action ménagère

51NZC50897LkkAprès l’analyse des seins nus sur la plage, Jean-Claude Kaufmann explore un autre domaine de la microsociologie: le monde ménager. Quelles forces poussent à ranger, à épouster, à faire les vitres, à laver et à repasser ? C'est dans son livre le cœur à l'ouvrage qu'il étudie les lois de l'action ménagère.

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En effet, ces gestes sont si profondément inscrits dans notre corps que nous ne pensons plus à eux et ils apparaissent même comme insignifiants. Mais les actions banales représentent ce qu’il y a de plus stable et de plus fondateur dans notre société.

Ainsi faire le ménage au sens des choses, c'est aussi faire du ménage au sens des personnes, constituer de la famille. Si on laisse aller les choses, si on n'arrive pas à organiser le ménage, la famille casse. Ces gestes familiers constituent donc la base de l'existence du groupe.

Quels sont donc les facteurs qui nous poussent à l'action ménagère ? Les personnes interrogées ont une réponse simple: il faut le faire parce qu'il faut que ce soit fait. En réalité, la remise en ordre des choses est double: l'ordre concret des choses bien sûr, mais aussi l'ordre qui est dans la tête. En d'autres termes, la tête se vide de ses impuretés en même temps que les mains nettoient et les idées se remettent en place en même temps que les choses sont rangées. D’où l’agacement quand on constate le désordre et le calme une foi le rangement terminé.

Le sociologue s’intéresse ensuite à la société des objets. Ils sont les gardes fous du soi. Les objets stockent de la mémoire humaine et fonctionnent comme un repère pour l’homme. Ainsi, le corps biologique élargit sa surface en y intégrant des objets (corps sociologique) qui deviennent des repères pour l’individu. Le monde familier stable contribue à fabriquer l’identité.

De plus, l’identité de la personne se diffuse dans les objets: on y dépose une part de son identité. C’est pourquoi, quand on a un nouvel objet, on le tripote pour identifier de nouveaux repères, sorte d’exploration, comme si on voulait le faire entrer en soi. D’où la difficulté de se séparer des vieux objets (comment pourrait-il ne pas être difficile de se séparer de soi ?). Et d’où la pénibilité du rangement car il renvoie à un trie identitaire.

Posté par Benjamin Wolff à 01:04 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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