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jeudi 3 juillet 2008

La fin de la télévision

Pour Jean-Louis Missika, sociologue iconoclaste et ancien conseiller de Michel Rocard, on assiste progressivement à La fin de la télévision (2006, 108 pages, Seuil). Sa thèse est la suivante: on entre dans un monde d’images omniprésentes (toujours plus d’images) et de média absent (toujours moins de télévision) mais ce n’est pas la télévision en tant que technologie qui disparaît mais la télévision en tant que média. Explications.

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La paléo-télévision, jusqu’au début des années 80, est le temps des chaînes publiques (2,5 chaînes en 1980). Avec la marque de l’État providence, la relation entre l’émetteur et le récepteur est alors une relation maître/élève où le téléspectateur est en position d’infériorité: il n’y a pas d’interaction possible.

Les principes de base de la néo-télévision sont la compréhension et la complicité entre l’émetteur et le récepteur. A l’âge précédent, la télévision était messagère, elle devient maintenant missionnaire: révéler la souffrance et reconstruire le lien social en donnant des clés pour gérer les crises individuelles (couple, sexualité, argent,…). La légitimité ne se fait plus à partir de l’expertise mais à partir du vécu: c’est l’identification et la compassion qui priment.

Pour passer à la néo-télévision, il fallait avoir une expérience riche et extraordinaire. Avec la post-télévision, il suffit d’être: n’importe qui peut venir parler de n’importe quoi. Les marques de différenciation entre celui qui parle et celui qui écoute disparaissent. La seule différence est que celui que je vois, contrairement à moi, passe à la télévision et le simple fait d’y être fascine le téléspectateur: on veut « passer à la télé ». Ainsi, la nouveauté de cet âge réside dans le fait que la télévision n’est plus le médiateur ou un simple lieu d’expression, elle est maintenant l’initiateur de l’épanouissement personnel.

Le cœur de la révolution de la télévision est dans la relation entre celui qui regarde et celui qui émet. En effet, dans sa quête d’autonomie, l’individu accepte de moins en moins les rendez vous imposés. La notion de chaîne, en tant qu’assembleur de programmes et d’organisation du temps, devient obsolète: chacun fait son programme.

L’hypersegmentation (la multiplication des chaînes) a inversé les rapports de force entre ceux qui organisent les événements et les diffuseurs: autrefois les producteurs d’événements devaient se soumettre aux exigences des chaînes mais aujourd’hui la concurrence entre les chaînes est telle que ces producteurs d’événements se retrouvent en position de force. Les chaînes, dont la fonction est d‘agencer des programmes, vont disparaître: on va assister à la vente direct au téléspectateur de l’événement qui l’intéresse par celui qui l’organise. Aux Etats-Unis, la NBA (la ligue de basket) a sa propre chaîne de télé. Ainsi, la démédiation, c’est-à-dire la disparition de l’intermédiaire entre les producteurs d’événements et les téléspectateurs, entraîne petit à petit la désintégration de l’espace publique (l‘être soi prime sur l‘être ensemble). L’événement devient le média: c’est cet événement exceptionnel qui est fédérateur et non plus la télévision.

Ainsi, avec Internet et la déprofessionnalisation une chaîne de télévision ne sera plus dans la situation actuelle où elle peut dire « je montre et ça existe, je ne montre pas et ça n’existe pas ». Jean-Louis Missika termine son livre en relevant les trois âges de l’information télévisée: 1) l’information-institution de la paléo-télévision, 2) l’information-spectacle de la néo-télévision, 3) l’information-fusion de la post-télévision dont la devise de cette dernière pourrait être: divertissement, transparence et émotion.

Posté par Benjamin Wolff à 18:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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